La station d’épuration des eaux usées

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Elle a été inaugurée le 15 octobre 1983.

L’étude de l’épuration au moyen d’une STEP autonome a débuté en 1969, en même temps que l’adaptation et l’extension du réseau de collecteurs. Cette extension a été exécutée en 1974.

Diverses possibilités ont été envisagées : STEP à Vuiteboeuf et à Peney, STEP à Peney avec station de relevage pour les eaux de Vuiteboeuf, participation à l’Association intercommunale d’épuration du Bey avec les communes de Champvent, Essert-sous-Champvent, Villars-sous-Champvent, Mathod, Suscévaz et Montagny-près-Yverdon. Dans le cadre de cette association il avait été envisagé la création d’une STEP commune à Montagny, puis un raccordement sur la STEP d’Yverdon-les-Bains.

En décembre 1978, un étudiant de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, M. Veuthey, préparait un travail de diplôme. Il avait choisi pour thème l’épuration de Vuiteboeuf. Ses divers travaux l’amenèrent à renseigner l’autorité municipale sur l’intérêt de l’épuration par étangs d’oxydation, solution à la fois économique et écologique.

Son appel fut entendu, tout particulièrement par M. Jean-Marc Chapallaz, municipal et ingénieur, qui fut désormais l’âme du projet. La Municipalité opta pour la solution des étangs début 1979. Elle fut soutenue sans restriction aucune par son Conseil général et par la population. En avril 1979, l’Etat de Vaud était officiellement informé de l’intérêt de Vuiteboeuf pour ce système d’épuration. Deux mois plus tard les contacts étaient pris avec le Bureau d’ingénieurs Basler et Hofmann de Zurich, qui fut mandaté pour une préétude en octobre 1979.

Ce système d’épuration dite douce était encore inconnu en Suisse et l’Etat se montrait assez réticent à une telle réalisation. Grâce principalement à l’ouverture d’esprit et à l’enthousiasme du Chef du Département des travaux publics, M. Marcel Blanc, ancien agriculteur, les instances cantonales acceptèrent du bout des lèvres d’examiner la requête, mais demandèrent, le 13 novembre 1979, qu’une étude définitive soit déposée pour le 31 décembre de la même année ! Peut-être y avait-il là un espoir d’enterrer le projet sans le refuser ouvertement ? Mais le délai était respecté.

Avec l’aide du bureau technique mandaté, la commune de Vuiteboeuf organisait un voyage d’étude en Bavière en mars 1980. La visite de plusieurs STEP naturelles en activité se fit avec les communes membres de l’Association du Bey, auxquelles se joignit une délégation de Daillens et de Bettens.

Le 17 juin 1980, le projet de Vuiteboeuf était approuvé par l’Office fédéral de la protection des eaux. Le 10 octobre, c’était au tour des autorités cantonales de donner leur accord de principe. Les taux de subvention ne furent toutefois connus qu’en décembre 1980. On put enfin procéder à une planification financière. Puis 18 mois s’écoulèrent en tractations de détail avec l’Etat de Vaud, à croire que certains fonctionnaires conservateurs mettaient leur énergie à retarder l’exécution. Le 18 juin 1982, le Conseil général de Vuiteboeuf accordait officiellement le crédit demandé. Il ne s’agissait que d’une formalité, son appui ayant été depuis longtemps révélé au cours de séances précédentes.

Les travaux débutèrent en automne avec la creuse des étangs. La pose hivernale permit ainsi le tassement et le colmatage partiel indispensables. La réalisation était terminée au début du printemps 1983 avec la mise en eau, donc l’entrée en fonction de la STEP.

 

Coûts

Les montants cités ci-après correspondent au coût total alors que ceux indiqués entre parenthèses indiquent la charge finale de la commune :

construction des collecteurs : fr. 350'000.- (fr. 84'000.-)

préétudes : fr. 76'000.- (fr. 18'000.-)

achat des terrains : fr. 52'000.- (fr. 18'000.-)

construction des étangs, demande de crédit qui ne subit aucun dépassement : fr. 265'000.- (fr. 64'000.-)

Il faut aussi tenir compte des intérêts intercalaires à charge entière de la commune qui ont été estimés à fr. 47'000.-

A relever tout particulièrement la participation généreuse et bénévole de fr. 32'000.- de la commune zurichoise de Kuesnacht qui est venu soulager la part vuitebolarde.

En résumé, le coût total, du départ des immeubles du village jusqu’à la sortie des étangs est de fr. 790'000.-, dont fr. 194'000.- à charge de Vuiteboeuf.

Comparativement à une STEP dite conventionnelle, l’économie réalisée est très importante puisque celle-ci se trouve être plus du tiers meilleur marché.

Quant aux frais d’exploitation, il était prévu qu’ils seraient quasi-nuls et estimés à l’époque à fr. 3'500.- par année, montant qui s’est avéré en moyenne supérieur à la réalité.

 

La technique

Les eaux usées arrivent des habitations de Vuiteboeuf (Peney a une STEP semi-mécanique oxygénée construite ultérieurement) par les collecteurs. Certaines eaux de pluie entrent également en considération car il n’y a pas encore de système séparatif des eaux usées et des eaux de surface.

Ces eaux donc arrivent dans un bassin de sédimentation et de rétention, dont la profondeur normale est de 1,42 m, mais pouvant atteindre exceptionnellement 2,5 m. Tous les déchets, l’épais dirons-nous, restent dans ce bassin qui doit être vidangé périodiquement. L’eau passe ensuite dans un premier étang d’une surface de 890 m2, puis dans un second de 1370 m2, dans un troisième de 830 m2 et, enfin, repart dans la rivière à côté, l’Arnon. Ces trois étangs, aux berges naturelles, ont une profondeur de 1,2 m. Bordés que quelques joncs, ils ont été colonisés par quelques familles de canards colverts qui en ont fait leur pied-à-terre et qui y séjournent plusieurs fois dans l’année. Les amateurs de sciences naturelles peuvent y découvrir un biotope composé de nombreuses espèces animales aquatiques spécifiques et le promeneur peut s’émerveiller du ballet incessant des libellules.

Des chicanes placées dans l’eau obligent cette dernière à circuler. Pour une efficacité optimale d’épuration, l’eau doit rester dans le circuit vingt jours au moins depuis son entrée jusqu’à sa sortie. La vidange des étangs, envisagée tous les dix ans environ, s’avère inutile, les dépôts sur le fond étant nuls.

La régénération de l’eau se fait simplement par oxygénation naturelle. Ceci explique le peu de profondeur des étangs, dont l’eau peut ainsi toujours contenir une quantité suffisante d’oxygène, même en profondeur.

La réduction des germes pathogènes est supérieure à celle d’une STEP classique.

Au début, le Laboratoire cantonal de la protection des eaux, après contrôles, estimait que les résultats d’épuration étaient satisfaisants pour les matières organiques. En ce qui concerne les matières minérales, phosphates et compagnie, ils sont insuffisants. La méthode naturelle ne peut évidemment en venir à bout, mais les STEP conventionnelles ont bien du mal à résoudre ce problème à complète satisfaction.

En hiver, malgré le gel, le travail peut se faire correctement pendant deux mois environ.

L’entretien est surtout d’ordre esthétique pour les extérieurs, donc non indispensable, mais rapidement fait.

Une surface de 15 m2 par équivalent habitant est nécessaire avec ce système, ce qui le rend pratiquement inutilisable pour les agglomérations à forte densité de population.

 

Actualité et futur

Ce système écologique et économique est le seul (sur 3) restant en fonction en Suisse. Jean-Jacques Fiaux, ingénieur responsable de l'épuration au Service des eaux, sols et assainissement (SESA) tenait à trouver une solution qui soit dans la même ligne que l'existant pour améliorer le processus et surtout pour l'élimination des phosphates. De nouvelles idées jaillissaient à chacune de nos rencontres. Malheureusement notre interlocuteur privilégié de l'Etat est décédé prématurément en avril 2006, nous laissant orphelins de ce projet.

Les boues provenant de l'épuration ont été épandues sur les champs jusqu'à maintenant. C'est un engrais sans grande valeur, surtout délicat à utiliser par les agriculteurs. Pour des raisons sanitaires  cet épandage a été interdit en Suisse. Un moratoire nous accorde une autorisation jusqu'en septembre 2008, date inexorablement définitive. Ensuite il faudra incinérer ces boues.

Le problème rencontré partout, c'est le transport coûteux et inutile de boues composées à 95 % de liquide puis de leur dessication avant leur incinération. Le bilan écologique et économique est tout simplement catastrophique avec une telle procédure. Mais qui s'en soucie en haut lieu ?

Une autre approche correspond bien à notre philosophie : le phragmicompostage. Une étude de faisabilité a révélé un coût d'investissement incompatible avec une saine gestion des deniers communaux..

Il s'agirait de créer 3 bassins d'environ 60 à 70 m2 chacun, à la suite de nos étangs d'épuration. Ces bassins serviraient à la culture de roseaux. Ces plantes utilisent l'eau des boues pour prospérer. Après 10 à 12 ans, un des bassins n'est plus ravitaillé pendant 1 année, ce qui permet à son contenu de perdre une grande partie de son eau par évaporation. Le résidu ressemble alors plus à une sorte de compost minéralisé qu'à des boues. Les roseaux sont alors fauchés et le compost, qui aura perdu 60 % de son liquide, transporté à l'incinération. Ce système devrait permettre de traiter les boues de la station de Peney et celles, plutôt rares, des étangs de Vuiteboeuf.

Les études et des chiffres précis provenant d'une livraison à la STEP d'Yverdon-les-Bains permettent d'affirmer que, sur la distance, l'élimination des boues de façon écologique est 2 fois plus chère qu'un système "ordinaire".

Abandonné donc le phragmicompostage !

Du choc des idées jaillit la lumière ! Dans les discussions pour le traitement des boues le problème de la déphosphatation a refait surface. Notre interlocuteur a trouvé la collaboration d'une personne qui connaît bien l'épuration telle que nous la pratiquons, connaissances acquises en France, Allemagne et Autriche, pays moins frileux que le nôtre pour lesquels ce système en vaut un autre.

250 plantes aquatiques ont été fixées sur trois îles flottantes de polystyrène, d'environ 60 m2, mises à l'eau sur le premier étang le 6 septembre 2007. Ces plantes ont été sélectionnées pour leur facilité à produire de longues racines qui devraient atteindre 2 mètres d'ici une année. Elles s'alimenteront alors goulûment de phosphates et les taux devraient baisser très sensiblement.
Les plantes ont bien poussé. Nous n'avons pas contrôlé la longueur des racines et les taux de phosphates sont toujours très irréguliers. Si nous partons du principe que la première année a permis aux plantes de se développer, c'est à partir de maintenant qu'elles seront à même de remplir leur rôle et nous donner satisfaction !

D'autres îles pourraient compléter le système si nécessaire pour atteindre les taux admissibles.
Et si ça ne marchait pas, il nous restera encore une solution naturelle avant de dénaturer notre Step  : l'ensemencement régulier de nos eaux usées avec des bactéries bien particulières qui sont friandes de ... phosphates. Résultat : pas de mécanique, pas d'électricité, pas de produits chimiques ! L'idéal ! Mais c'est une réserve pour l'avenir.